Du robot à la pleurnicheuse

Mardi, mars 31, 2015 No tags 9

Est-ce l’approche de mes 30 ans qui me transforme à vitesse grand V ? Est-ce l’évolution de mon entourage ? Où est-ce tout simplement la pression sociale ?

Le fait est qu’il y a encore 7 ans, j’étais une vraie connasse, libre, indépendante, déterminée, libidineuse et anti-conventionnelle. Je ne rêvais que de voyage, je passais mon temps libre à faire du shopping, je n’envisageais ma vie qu’à travers ma carrière professionnelle et j’enchainais les plans d’un soir.

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Telle une amazone, je partais combattre les idées préconçues (le rôle d’une femme c’est d’être mère), et j’essayais de résonner mes amies dont les aspirations se limitaient à vouloir épouser leur amour de lycée. Et maintenant, où est-ce que j’en suis ?

Les mouflets

A 20 ans – Je dénigrais chaque enfant croisé dans la rue. Sale, difforme, puant. Je ne mâchais pas mes mots. Au moindre pleur strident émanant d’un petit con geignard, je ne rêvais que d’une chose : lui faire bouffer sa sucette. En cas de baby-sitting forcé (garder un môme était pour moi aussi dégradant que de faire la pute sur le trottoir), je donnais au mouflet dont j’étais la nounou, des petits noms d’oiseaux (relou, chose inutile, gros laideron) et je criais plus fort que lui pour qu’il cesse de hurler.

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A 27 ans - Je m’extasie comme une arriérée devant un petit monstre de 50 centimètres même s’il est tout fripé avec un strabisme et les oreilles décollées. Je garde le sourire lorsqu’il vomit sur mon décolleté en faisant son rot et ne râle plus s’il me pète dessus, laissant échapper quelques coulis de diarrhée à travers sa couche. Pour attirer l’attention de ce marmot, je me retrouve même à sauter partout comme un pantin. J’ai l’air d’une cinglée atteinte du syndrome de Gilles de la Tourette, les insultes en moins. Mais surtout, je commence déjà à m’imaginer avec un ventre rond. Terminé le temps où je me voyais comme le futur incubateur d’un Alien ou d’un boulet qui mettra la main sur mon oseille avant de m’enfermer en maison de retraite pour crever en solitaire.

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L’union sacrée

A 20 ans – Le mariage me provoquait des irruptions cutanées. Rester toute ma vie avec une seule et même personne, devoir faire des concessions et perdre mon indépendance me paraissait inconcevable. Le mariage c’était la prison à perpétuité sans avoir pourtant commis de crime. Pour moi, la grande vie c’était de pouvoir changer de partenaire comme de petite culotte, sans compte à rendre. C’était de pouvoir laisser mes jambes et mon pubis en jachère et la forêt s’installer sous mes aisselles. C’était de pouvoir m’empiffrer, seule, une pizza pour 4 personnes avec supplément fromage et bacon. Je me souviens encore du ketchup coulant sur ma joue. Surtout, pour moi le mariage c’était l’obligation de voir tous les matins le visage fatigué, la tignasse grasse et le pénis flasque de mon mari. Sans oublier l’haleine fétide à supporter à chaque réveil et la bouche pâteuse des matins difficiles.

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A 27 ansJe suis fiancée… Et oui j’ai une bague à l’annuaire gauche et je compte me marier l’année prochaine. Je suis devenue accro à l’émission « dite oui à la robe de mariée » et je pleure devant la vidéo d’une demande en mariage. Je m’épile tous les trois jours, m’irritant au passage la peau en pleine repousse et je redessine mes sourcils 2 fois par semaine pour ne pas ressembler à Emmanuel Chain. J’ai troqué mes culottes de grand-mère contre des tangas Victoria Secret et ma love box (plus communément appelée vagin) est aussi lisse qu’une peau de bébé. Mais surtout, chaque jour, je subis les TOC de l’être aimé, ses petites manies quotidiennes tellement insupportables … en prenant sur moi. Et oui moi, j’intériorise… Je passe sur le bruit qu’il fait en mangeant, sur la crème hydratante qu’il se tartine sur l’ensemble du corps, sur la tonne de Labello qui donne à ses lèvres un effet fluorescent… Je ne me formalise plus sur ses Crocs qui auraient pu appartenir à ma grand-mère et sur ses cheveux coupés et ses poils de barbe que je retrouve dans l’évier.

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La vie

A 20 ans –  J’aimais les films de vampire, j’écoutais de la musique rock et je cranais avec ma dégaine de gothique. Je faisais ressortir mon 95D grâce à de sacrés décolletés et je mettais des baggy qui laissaient entrevoir ce que l’on appelle familièrement la raie du plombier. C’était d’un chic quand je me baissais… Il y avait autant de monde au balcon que j’avais le feu au cul. A mes lobes d’oreilles je mettais, par alternance, des épingles à nourrice ou des écarteurs, et aux pieds une paire d’écrase-merde plus couramment appelée des Vans. Du lourd des pieds à la tête. Un visage camouflé sous du talc, de l’eye-liner jusqu’aux oreilles et du noir sur les lèvres, j’étais fin prête pour le carnaval. Sauf que pour moi Mardi gras avait lieu toute l’année. Bref un cadavre ambulant, certain de son potentiel… On ne va pas se leurrer, j’aurai probablement boosté les audiences de l’émission « Nouveau look pour une nouvelle vie » si un casteur m’avait repérée. À l’époque, je passais mes week-ends à picoler. Un vrai puits sans fond. Je me retrouvais bien souvent allongée sur le billard d’un pub, les collants résilles troués après avoir enquillé une girafe de bière. Je rentrais le samedi soir à 3 heures du matin, ronde comme une queue de pelle, après avoir vomi sur un scooter ou redécoré l’ascenseur de mon immeuble. Le matin, c’était vomi dans les cheveux, bouche malodorante et migraine avant de me gaver à 15h d’un bon Golden Menu.

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A 27 ans - La bourgeoise que je suis devenue se fringue maintenant avec des slims noirs, des chemises en jean boutonnées jusqu’au cou et des vestes de tailleur. Plus un centimètre de peau ne dépasse ! Le parfait costume de la working girl frigide. Je vais voir des comédies musicales, j’écoute des chansons d’amour larmoyantes et je regarde des comédies ringardes réservées d’ordinaire aux soirées pyjama entre filles. Les vidéos de chats me font fondre et j’ai la larme facile lorsque je vois un caniche abandonné sur le bord d’une route. Je lis Musso dans le métro, organise des baby-shower et participe à des EVJF (enterrement de vie de jeune fille) avec des couronnes de fleurs sur la tête. Je ne bois que du vin blanc sucré et ne tiens plus au bout de deux verres. Le dimanche c’est brunch entre couples. Niveau bouffe, mon mec me prépare des tians de légumes et des tagliatelles de carottes, bien loin des menus fast-food qui faisaient mon quotidien. Le samedi soir, je regarde The Voice pendant que mes amies tricotent des bonnets pour les bébés en route.

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Mon dieu, je me suis ramollie telle une guimauve qu’on fait doucement griller dans la cheminée. À petit feu je deviens une nunuche aux aspirations traditionnelles. Je me demande bien ce que ce sera à 40 ans…


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