Les tribulations d’une usagère du métro : épisode 2

Mardi, novembre 25, 2014 , , , , , , 6

Le métro démarre enfin et là je remarque des cadres supérieurs d’une cinquantaine d’années qui se croient tout permis et s’assoient les cuisses écartées sur les strapontins. Déjà qu’il n’y a pas de place, ils ne laissent en plus que très peu d‘espace à la personne restée debout à leurs côtés. Sachez messieurs que non seulement vous manquez d’éducation mais qu’en plus cette position ne vous avantage guère. On peut joliment observer votre service trois pièces écrasé dans votre pantalon à pinces. C’est d’un seyant…

Mais il y aussi des petits égoïstes qui s’accrochent à la barre comme si leur vie en dépendait. Tu te sens concerné ? Ça tombe bien parce qu’une mise au point s’impose. Celle-ci n’est pas ta propriété, tu ne l’as pas achetée, tu dois donc la prêter à tes voisins qui essayent, tant bien que mal, de rester en équilibre, tel des surfeurs, lorsque les conducteurs freinent brusquement. Ça ne sert à rien de lui faire un câlin en la serrant très fort dans tes bras ou de te tenir contre elle en appuyant ton dos car de toute façon je m’y tiendrai coute que coute. C’est mon radeau, ma bouée de sauvetage pour ne pas me retrouver coincée dans la posture du manchot guidé par les mouvements de la foule. Il ne manquerait plus que tu sois non seulement accroché à la barre comme une moule à son rocher mais qu’en plus tu portes un sac à dos, bien droit sur tes épaules. Mais pose le bordel ! Tu ne vois pas que tu me le mets dans la tronche à chaque fois que le métro fait un à-coup !

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D’ailleurs, entre nous c’est peut-être un peu stupide de vouloir absolument rester accrocher à cette barre lorsque l’on sait qu’elle est infestée de bactéries. Dites vous qu’on peut y trouver des excréments (oui comme dans les cacahuètes), des restes d’urine (je pense aux petits cochons qui ne se lavent pas les mains après avoir touché leur pénis), des microbes (Ébola qui sait ? Humour !), des particules d’écoulements nasales et même de la salive. Oui j’ai déjà eu l’occasion d’observer des enfants la lécher. Visiblement elle devait avoir bon goût vu l’insistance avec laquelle il l’embrassait goulument et lassaient traîner leur langue. Bref, c’est vraiment la merde. Mettez au moins des gants, ça pourra peut-être limiter les dégâts.

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Bref, les portes se ferment enfin et là… horreur ! J’aperçois les accordéonistes qui baladent leur chariote d’un wagon à un autre, diffusant « Mon amant de Saint-Jean » ou « Padam Padam ». Ils débarquent toujours lorsque les portes se ferment, moment même où tu ne peux plus t’échapper. Je tente tout de même de monter le son de mes écouteurs jusqu’à me faire saigner les tympans mais ils sont trop forts pour moi, leur son si mélodieux parvient à couvrir C2C. Je suis piégée, obligée d’écouter leur sérénade sans pouvoir sauter du wagon en marche pour y échapper.

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Ils passent ensuite pour réclamer une petite pièce. Et là, soyons francs, nous réagissons tous de la même façon : nous baissons les yeux (genre ne viens pas par ici, je ne te donnerai rien), nous faisons semblant d’être au téléphone (je suis occupé sinon je t’aurai donné quelque chose c’est certain), nous lisons un magazine en le mettant bien haut devant nos yeux (mince je ne t’ai pas vu !) ou le meilleur de tous, nous faisons semblant de dormir (ça marche à tous les coups). Bien entendu toutes ces petites feintes sont généreusement utilisées par l’ensemble des usagers, et cela dans de nombreuses circonstances, autrement dit à chaque fois qu’on nous aborde puisque dans le métro il y a une règle d’or : aucun contact visuel, aucune parole et surtout aucun effleurement. Je dois bien l’avouer, j’utilise très souvent la dernière ruse pour ne pas laisser ma place aux personnes âgées… je me dis que quelqu’un d’autre le fera, alors que ce n’est jamais le cas.

Après la gêne auditive, place à la gêne olfactive. On doit composer avec ceux qui sentent mauvais : la transpiration, la naphtaline, l’eau de Cologne bon marché… c’est aussi ça la proximité ! Je rappelle d’ailleurs pour ceux qui l’ignorent que la transpiration n’est pas une fatalité. Un petit effort les mecs : un bon déodorant et une douche tous les jours devraient déjà arranger les choses. Surtout que, faute de climatisation, le métro est une fournaise permanente. On peut d’ailleurs percevoir les goutes de transpiration ruisseler le long du front ou du cou de certains. Et vas-y que ça s’essuie avec la main avant de la remettre sur la barre… la fameuse ! Le pire c’est en été lorsque les peaux moites se collent les unes aux autres. Merci à l’inventeur du marcel au passage.

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Mais mes narines sont surtout mises à rudes épreuves le dimanche matin, jour du Seigneur et des vomis. Je tiens ainsi à chaleureusement remercier les jeunes alcooliques du samedi soir qui laissent les trains dans un état lamentable. Nouilles baignant dans une substance rose et qui coule le long des sièges, odeur cramoisie qui se propage dans toute la rame… c’est un régal (et c’est le cas de le dire). Je me retrouve, comme la plus part des gens, à hyper ventiler dans mon écharpe jusqu’à l’évanouissement. Et oui je suis trop feignante pour changer de wagon, enfin quand c’est possible parce que maintenant avec les nouvelles lignes, le métro n’est qu’un très long et sinueux serpent sans aucune séparation. Au moins pas de jaloux, tout le monde profite de l’odeur qui se faufile délicatement et qui nous arrive en pleine figure grâce à l’appel d’air des fenêtres ouvertes. Pour ma part, je n’ai jamais dégobillé entre les sièges. Je vomi sur le quai, dans un petit coin pour ne pas empêcher les gens de s’asseoir dans le wagon. C’est cela l’éducation.

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Enfin, la gêne visuelle : je parle de ces spécimens rares qui s’habillent de façon totalement fantasque. Costume jaune, chemise de bucheron, chaussettes bleues, derbies et cheveux gras. N’est pas hipster qui veut. Je ne parlerai même pas des cathos coincées n’ayant jamais vu la vierge. Chouchou dans les cheveux et crocs aux pieds… la tenue parfaite pour éloigner les dragueurs et pervers. Au secours, j’ai les yeux qui piquent.

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Par gêne visuelle, je parle également de ces petits profiteurs qui lorgnent sur mon magazine parce qu’ils s’ennuient. Je les vois, lire au dessus de mon épaule, sans aucun scrupule. Alors je précise que je ne suis pas une bibliothèque municipale, ni un kiosque à journaux. J’ai couru et fait la queue au Relay et j’ai dépensé toutes mes petites pièces pour acheter ce journal people alors arrête tes bêtises. Plus je vais te griller à regarder les belles images de mon magazine ou à lire mon roman que je vais te jeter des regards assassins. Je préfère même arrêter ma lecture et m’ennuyer profondément que de te laisser faire. C’est dire comment je suis tenace.

Avez-vous aussi remarqué que pour certains, le métro est synonyme de maison ? Non je ne parle des pas SDF (humour noir totalement inapproprié, j’en conviens) mais des usagers qui pensent que la rame est une salle de bain ou une cuisine. Et vas-y que ça mange Mcdo, embaumant ainsi tout le wagon ou que ça se met du mascara la bouche ouverte, offrant une très belle vue sur les amygdales (j’exagère, ce n’est tout de même pas une gorge profonde^^). Non mais sérieusement, il n’y a rien de très convivial et surtout appétissant à manger goulument un burger sur un strapontin, tout comme il n’y a rien de très romanesque à flirter dans le wagon. Certains s’y font des démonstrations d’affection comme s’ils allaient mourir le soir même. Détendez-vous les amoureux, prenez une chambre ou faites ça dans votre chambre à coucher parce que voir vos langues s’engouffrer avec une telle vigueur dans vos bouches n’est pas très ragoûtant.

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Me voilà presque arrivée à destination, je n’ai plus qu’une station et là un mec débraillé, saoul et sans doute un peu schizophrène, s’assoit à côté de moi. Et oui c’est toujours comme ça, j’attire tous les mecs bizarres du métro. C’est toujours pour ma pomme. J’essaye de me cacher, de me rendre invisible, comme lorsque je ne voulais pas être interrogée en classe mais malheureusement ça ne marche pas. Je me sens gênée, j’essaye de me faire toute petite, sourde, aveugle et muette quand tout d’un coup, les lumières s’éteignent et le métro s’arrête. « Suite à une coupure de courant, nous allons devoir stationner quelques minutes sur la voie. Merci de rester assis et de ne pas tenter d’ouvrir les portes ». Non mais sérieusement, monsieur le chauffeur, t’es un peu con ou tu le fais exprès ? Penses-tu sérieusement que je vais essayer de sortir dans le tunnel au milieu des rats, quitte à me faire broyer par le métro qui te suit ? Ok je suis coincée avec un fou dans une boîte à sardines plongée dans la pénombre alors que je suis un peu claustrophobe et que j’ai peur du noir. Mais bon je vais me contenter d’attendre de râler et de souffler. Cela dit je vais souffler encore plus fort que les autres pour montrer que je suis en plus mécontente et que je suis encore plus en retard. C’est ce que tout le monde fait non ?

Bref, je suis sûre que toutes ces situations ne vous sont pas inconnues. À la longue, elles nous font même sourire mais essayez tout de même d’être un usager modèle, qui reste à droite dans l’escalator pour laisser passer les plus pressés et de faire attention à tenir votre parapluie à l’horizontale et non sous le bras, au risque de tuer quelqu’un. C’est dangereux un parapluie, on n’y pense pas assez souvent !

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